Néron et Poppée : de 180g au décuple

Le 4 octobre 2021, alors que je venais d’arriver à mon bureau, j’ai reçu l’appel d’un collègue me demandant si je pouvais prendre en charge un petit chaton qu’il venait de trouver dans une serre, abandonné. Plus de mère depuis plus de 24h. Il y en avait selon lui un second, à côté, déjà mort.

Il m’a fallu environ 3 secondes pour répondre par l’affirmative, sans réellement savoir dans quoi je m’embarquais. J’ignorais encore que le, ou plutôt les petits chats en question, ne devaient avoir qu’une dizaine de jours …

Quand mon collègue est arrivé, il m’a déposé une boite à chaussure que je me suis empressée d’ouvrir. Quelle triste vision … Finalement, le deuxième petit chat bougeait encore un peu, mais j’avais vraiment très peu d’espoir. Il était gelé et ne pleurait même plus. Il était couché sur son flanc, comme si il avait déjà capitulé. Le plus gros chaton des deux était affamé et criait beaucoup.

En moins de 5 minutes, après les avoir enroulé dans mon écharpe, j’étais en route pour la maison. Par chance, j’ai toujours des biberons et du lait maternisé en poudre. Je me suis empressée de les nourrir, ils étaient faméliques. J’ai passé beaucoup de temps à réchauffer le plus petit, qui a commencé à remuer de plus en plus; un soulagement. Les pauvres petits étaient infestés de puces, et plein de terre … Si petit il est malheureusement difficile de leur administrer un antipuce mais à l’aide de ma vétérinaire, nous avons pu appliquer un peu de produits sur leurs poils en attendant un plus gros traitement aux 4 semaines, et par chance, cela fut efficace. Il ne fallait surtout pas infester les miens.

J’ai d’ailleurs été chez ma vétérinaire le lendemain de leur arrivée à la maison, c’est là que j’ai appris leur poids respectif: 180g et 200g ainsi que leur sexe: un mâle et une femelle. La vétérinaire était sceptique quant à leur état. Ils étaient quand même très petits et un long mois s’annonçait pour moi. Biberonner de si jeunes chatons est semblable à s’occuper d’un bébé. Ils sont véritablement dépendant de nous, pour tout, tout le temps.

J’ai choisi de placer les chatons dans une sorte de panier de transport très douillet, tout en tissu, avec un gros plaid à l’intérieur qui leur rappelait un peu le poil de leur mère. Je changeais celui-ci tous les jours afin de tout désinfecter. La première nuit fut courte car je savais qu’elle serait décisive. Je me suis assurée toute la nuit que les petits respiraient bien, et finalement, je dormirai avec eux jusqu’à leurs 4 semaines. Non plus par peur, mais par facilité, car il a bien fallu les nourrir régulièrement ces petits ours.

Voici ce à quoi ressemblent 24h avec des si petits bébés chats:
😺 6h: réveil non pas par mon téléphone mais par les chatons qui grattent le tissu de leur panier. Ils ont besoin de câlins, et surtout de manger ! Objectif: faire chauffer de l’eau chaude qui servira pour le biberon et pour les besoins. Ensuite, premier biberon de la journée. J’ai toujours nourri le plus petit en premier.
😺 9h, 12h puis 15h: même rituel, les chatons sont réglés comme des horloges et 3h plus tard, ils ont déjà faim de retour.
😺 18h: même rituel + pesée du jour afin de s’assurer qu’ils ont bien pris du poids. Un chaton doit prendre entre 10 et 30 grammes par jour. Si pas de prise de poids pendant 2 jours consécutifs, la vie du chaton est en danger.
😺 21h: même rituel
😺 00h: dernier biberon de « la journée », celui après lequel on monte se coucher. Je place les chatons juste à côté de mon lit pour les entendre au besoin et je recouvre leur panier d’un plaid pour que la chaleur ne s’échappe pas.
😺 3h: biberon de la nuit, celui pour lequel j’ai le plus de mal à les rendormir par la suite, sans doute parce que moi aussi, j’aimerai pouvoir dormir.

Un rituel correspond à faire chauffer de l’eau chaude dans une bassine afin d’aider le chaton à faire ses besoins en frottant contre son abdomen à l’aide d’un chiffon. Préparer le biberon, le faire chauffer, et enfin leur donner, chacun leur tour. Parfois, j’ai du faire une pause et donner à l’autre avant de ne reprendre avec le premier. D’autres fois, il a fallu insister pour les forcer à prendre la tétine afin de ne surtout pas perdre de poids. Il faudra ensuite apaiser les chatons afin qu’ils se rendorment. Ma technique ultime était de prendre un petit coton à peine humide mais bien chaud et de frotter leur petite tête avec, afin de reproduire un peu la sensation de la mère qui ferait leur toilette. Fatalement, il y aura des moments (surtout en pleine nuit), où les chatons auront du mal à se rendormir et où il faudra s’armer de patience et jouer avec eux.

Après chaque biberon, je faisais chauffer une ou deux bouillote(s) que je plaçais sous leur plaid afin de maintenir leur température corporelle. En effet, les chatons, avant l’âge de 3 semaines, les chatons ne savent réguler leur température seuls et tombent en hypothermie sans leur mère. La journée, en plus de la bouillote, je les plaçais autant que possible près du feu. Maintenir leur chaleur est vital.

Âgés de 3 semaines, bien que très maladroits, j’ai commencé à les faire sortir de leur panier entre deux biberons afin qu’ils découvrent de nouvelles choses et qu’ils commencent à développer les muscles de leurs pattes. C’est les nuits de cette semaine là qui furent les plus longues. Le petit mâle, bien que plus gros que sa sœur, a mis beaucoup plus de temps à gérer les mouvements de sa tête et à tenir sur ses pattes arrières.

Concernant les heures de nourrissage, j’ai vite du faire face à un problème: le décalage entre les deux chatons. Le mâle a grossi plus vite que la femelle et par conséquence, prenait de plus gros biberons, moins souvent. Il a donc espacé sa tétée d’environ une heure par rapport à sa sœur. Je devais donc nourrir sa sœur et me réveiller une bonne heure après pour son tour à lui. J’étais par chance en télétravail la plupart du temps et pour les autres jours, j’ai fait garder mes chatons par ma maman (avec qui ils refusaient de manger mais ça, c’est encore un autre problème).

Heureusement, plus les jours passent et plus les biberons s’estompent:
– Pour les chatons âgés d’une semaine : 8 biberons/jour soit 1 biberon toutes les 3 heures
– La 2ème semaine : 6 biberons/jour (en théorie car ici, on est resté sur 8 biberons pour prendre un maximum de poids).
– La 3ème semaine : 5 biberons/jour.
– La 4ème semaine : 4 biberons/jour.
Au-delà de la 5ème semaine, les petits doivent commencer à laper le lait dans une écuelle. Sans mère, ils ont eu un peu de mal à trouver le système. Ils étaient apaisés par le fait de recevoir un biberon. J’ai donc fait appel à mes autres chats pour leur montrer! Ce qui a marché du tonnerre, que ça soit pour laper comme pour se laver ou faire leurs griffes. J’ai terminé leur sevrage par un biberon du matin, et un du soir, avec une écuelle de lait en permanence entre deux, ce qui a coïncidé avec le moment où ils ont su faire leurs besoins seuls. Une belle progression ! J’ai ensuite pu introduire la pâté de première âge, et les minis-croquettes.

Si sauver un chaton se limitait à le nourrir et lui faire faire ses besoins, ce serait trop simple.
Il faudra veiller, en plus des besoins primaires, à ;
Encourager le chaton à la propreté: il s’agit là, par exemple, de déposer le chaton dans sa litière quand il pleure pour ses besoins (je trouve cela assez reconnaissable comme pleurs, on entend un peu la détresse dans leur toute petite voix), et de par la suite lui faire une caresse s’il a compris que c’était ici que ça se passe. Il faudra aussi lui apprendre à reboucher si l’instinct ne vient pas naturellement.
L’habituer à être manipulé: quand on a les chatons très petits, c’est assez simple mais pour en avoir fait l’expérience, quand on les adopte vers 3 semaines/un mois, l’opération prend plus de temps. Ici, les petits ont un excellent rapport avec l’humain puisqu’ils n’ont connu que lui.
Le sociabiliser aux autres: pas évident de se trouver face à Kilouche qui est très grand. Ils ont mis du temps à le tolérer et ne plus le feuler. En revanche, aucun soucis avec ma petite Glouby qui les a rapidement adoptés, mais qui était cependant trop jeune pour les allaiter.
Lui apprendre la récompense/la punition: c’est la chose pour laquelle j’ai eu le plus de mal. Il est difficile en tant qu’humain d’apprendre au chaton à ne pas mordiller trop fort ou à faire la différence entre une attaque de jeu ou injustifiée. Mais avec de l’observation et de la patience, on arrive à tout. Pour les punir, je pense que l’indifférence marche le mieux. Quand il faisait une bêtise, je disais « Non » fermement et je ne le regardais plus pendant quelques minutes.

Je suis retournée à 6 semaines chez la vétérinaire, qui était très contente de voir que les deux avaient survécu. Ils avaient atteint le poids parfait de 700 et 750g. On a pu leur administrer leur premier vaccin et leur donner un antipuce plus conséquent, ainsi qu’un petit vermifuge. Depuis leurs 5 semaines, ils avaient quartier libre dans la maison. Vive les bêtises… Mais cela leur a permis d’apprendre peu à peu la litière, toujours par imitation grâce à mes chats. Ils ont commencé à apprendre à sauter, à griffer, et même à feuler. Quand on rentrait tard dans la nuit, ils sortaient à toute vitesse de là où ils s’étaient endormis pour venir nous voir. De vrais petits chats de garde.

Quand ils ont approché les deux mois, le moment que je redoutais tant est arrivé: l’adoption. Dès le départ, ayant déjà trois autres chats, je savais que j’allais devoir leur trouver une famille d’accueil. Je ne leur ai du coup jamais donner de nom. Je me contentais d’appeler le mâle « Monsieur Bouboule » parce que ça lui allait drôlement bien…

Par énorme chance, c’est ma tante qui les adoptera, ce qui me permet encore aujourd’hui de pouvoir les voir quand je le souhaite. Me séparer d’eux après avoir passé des nuits à veiller aurait été très dur dans d’autres conditions.

Bien que fatigante et parfois même angoissante, cette expérience restera unique. J’ai pris beaucoup de plaisir à les voir évoluer jour après jour, à une vitesse folle, et je suis fière d’avoir offert à ces deux petits cœurs la vie qu’ils méritent.

Aujourd’hui, Néron et Poppée ont presque 7 mois et pèsent plus de 2kg chacun.

En bref, si un petit chaton croise votre route, cela va se résumer à :

-> Déterminer l’âge et la viabilité du chaton (avec un vétérinaire si on n’a jamais fait ça avant, ce qui n’était pas mon cas mais j’aime toujours aller faire un check-up, au cas où!).

😻 Si le chaton a moins de 4 semaines :
– Maintenir une chaleur constante qui déterminera la survie du chaton.
– Nourrir le chaton à intervalles réguliers avec un lait maternisé adapté. Surtout pas de lait de vache!
– Aider le chaton à faire ses besoins (tout aussi vital que le nourrir et le réchauffer).
– Surveiller son poids et veiller à ce que celui-ci augmente sans cesse.

Il arrive assez souvent, malheureusement, que certains chatons n’arrivent pas à passer de travers et finissent par se laisser mourir malgré tous ces soins. Plus jeune le chaton sera abandonné, plus il y aura de risque. Dans tous les cas, sans aide de l’homme, un chaton abandonné avant 4 semaines ne survivra pas.

😻 Si le chaton a déjà atteint les 4 semaines :
– Il faudra surveiller son évolution et sa prise de poids.
– Débuter le sevrage.
– Programmer une visite chez le vétérinaire pour les vaccins et un vermifuge.

08/11/2021
06/04/2022 Néron ♂ à gauche, Poppée ♀️ à droite

J’espère que cet article vous aura plu, et je vous dis à très vite 🙂

5 commentaires sur “Néron et Poppée : de 180g au décuple

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  1. Très émouvant et bravo
    Votre récit ressemble à mon aventure avec mon Chat Flanel. Il pesait 300 g quand je l’ai trouvé orphelin dans mon jardin et j’ai fait comme vous. Notre aventure a duré 10 petites années.
    C’est bien que vous puissiez les voir souvent, ils sont si mignons 🐈🐈

    J’aime

  2. Ta bonté d’âme m’a touchée…ta patience et ta douceur sont exemplaires….bravo pour avoir sauvé mister bouboule et sa jeune sœur. J’espère que la vie te rendra le bien que tu as donné.

    Aimé par 1 personne

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