Le musée de la caserne Dossin

Toujours durant mon séjour à Malines, je me suis rendue à la Kazerne Dossin, un lieu très particulier qui commémore l’holocauste en Belgique. Ici, plus de 25.000 juifs et gitans ont été rassemblés et placés dans un train pour Auschwitz-Birkenau. Moins de 5% d’entre eux ont survécu. Ce musée très impressionnant permet de se renseigner de A à Z sur les déportations. J’y ai appris une foule d’informations, et j’y ai découvert des images inédites, dont on entend presque jamais parler.

L’objectif de ce musée: donner un nom à tous ces visages oubliés, et découvrir leur histoire.

L’histoire de la caserne

La caserne est édifiée en 1756 comme quartier pour des soldats autrichiens, sur ordre de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Les architectes respectent les consignes venues de Vienne: le bâtiment doit avoir des façades sobres et strictes. En 1781 l’empereur d’Autriche rend visite à la caserne, que la Ville de Malines cède ensuite à l’État. Entre 1781 et 1940, la caserne change plusieurs fois d’affectation, mais celle-ci reste toujours exclusivement militaire.

Jusque 1914, elle sert de dépôt aux régiments. En 1936, la caserne reçoit le nom de l’officier qui commandait ce régiment pendant la Première Guerre mondiale, le lieutenant-général Émile de Dossin de Saint-Georges. Ce Liégeois est glorifié en Belgique pour sa conduite héroïque lors de la bataille de l’Yser. La fonction de la caserne entre mai 1940 et juillet 1942 reste inconnue mais celle-ci deviendra bien sombre par la suite. Au même titre que Vught et Westerbork aux Pays-Bas, Drancy en France, la caserne devient un un camp de rassemblement pour les Juifs, les Roms et Sinti.

Camp de transit

En juin 1942, tous les Juifs devaient porter l’étoile jaune. Des milliers d’entre eux ont été raflés et envoyés au travail forcé. Un quota de 10.000 juifs à déporter vers les camps d’extermination fut fixé. Le camp de transit de l’ancienne caserne ‘Lieutenant-Général Dossin de Saint-Georges’ verra le jour par les Allemands le 27 juillet 1942. Son but: concentrer les Juifs de Belgique en vue de leur déportation vers les camps de la mort.

Situé entre les deux plus grandes concentrations de Juifs en Belgique, Anvers et Bruxelles, Malines était une ville de choix pour y installer un camp de transit, idéalement reliée au réseau dense des chemins de fer belges. Au total, environ 25.000 juifs de Belgique (soit 44 % de ceux résidant dans le pays) et 350 tziganes transitent par Malines pour être déportés vers Auschwitz et d’autres camps plus petits. Il faut y ajouter 520 juifs du Nord-Pas-de-Calais victimes de la rafle du 11 septembre 1942. Deux tiers des déportés sont gazés dès leur arrivée. Au moment de la libération des camps, seuls 1395 d’entre eux sont encore en vie…

Les conditions de vie dans la caserne

La caserne Dossin était un camp de transit dans lequel on ne passait en général que quelques jours en attendant la formation d’un nouveau convoi. Cependant, certains individus y ont séjourné plusieurs semaines, et les conditions de vie y étaient rudes. Il faut bien s’imaginer que les détenus étaient plongés dans une totale incompréhension. Leurs biens étaient confisqués à leur arrivée, et les pièces d’identité enlevées. A la place, chaque prisonnier était muni d’une carte en carton portée autour du cou avec une ficelle contenant un numéro personnel, leur date de naissance et le numéro du transport désigné.

Les conditions hygiéniques y étaient très mauvaises, surtout en 1943, à cause de la surpopulation de la caserne. Néanmoins, le vécu des différentes familles qui y ont transité est parfois très différent.

Le musée

Après la Seconde Guerre mondiale, la caserne Dossin redevient la propriété de l’État belge. Fin 1948 l’Armée belge y installe une école d’administration des Forces armées, complétée en juin par un centre de formation pour le Service financier. En souvenir de cette horreur, une plaque commémorative apposée sur le mur de la caserne Dossin est inaugurée le 30 mai 1948. Après le départ du Centre du Service administratif en 1975, la caserne Dossin se délabre progressivement. La Ville songe même à la faire raser!

Le bâtiment finira tout de même par être classé, et heureusement. La Ville de Malines reprend la caserne en 1977, mais il faudra attendre les années 80 pour qu’il soit décidé de l’aménager… en immeuble d’appartements portant le nom de ‘Cour de Habsbourg’. De nombreuses personnes se sont mobilisées pour que l’on ne perde pas de vue l’histoire de la caserne Dossin en tant que camp de transit. L’Union des Déportés juifs de Belgique – Filles et Fils de la Déportation (UDJB) et le Consistoire central israélite de Belgique (CCIB) insistent auprès de la Ville et de la Communauté flamande pour qu’une partie de la caserne soit sauvegardée afin d’y aménager un musée. C’est Natan Ramet, lui-même rescapé des camps de la mort, qui est nommé président de l’institution et inaugurera officiellement le 7 mai 1995, le Musée juif de la Déportation et de la Résistance.

Le musée ouvre ses portes au public le 11 novembre 1995, mais accueillant 30.000 visiteurs par an, ce dernier devient rapidement trop petit, ce qui conduira à partir de 2001 à son agrandissement. L’acquisition du complexe entier de la caserne Dossin étant impossible, alors il est décidé d’édifier un nouveau bâtiment pour accueillir la nouvelle collection permanente. Le 1er décembre 2012, le musée a ouvert ses portes au public et le mémorial a suivi le 27 janvier 2020.

J’ai pour ma part était très surprise de trouver des appartements dans un lieu qui a vu tant de souffrances. Il ne me viendrait pas à l’idée d’y habiter. Malgré tout, le musée construit juste en face est un réel chef d’œuvre et rend hommage aux victimes comme il se doit.

Il faut des heures et des heures pour parcourir ce musée hyper didactique. Construit sur 5 étages, le premier accueille les expos temporaires. Les 3 suivants ont chacun une thématique différente: la masse, l’angoisse et la mort. Le dernier étage est une sorte de cafétéria, avec un panorama imprenable sur la ville de Malines.

Ne vous attendez pas à y trouver beaucoup d’objets, on retrouve essentiellement du texte, et beaucoup de photos. Un petit film introductif explique comment bien visiter le musée. Lors de la visite, de nombreux écrans interactifs permettent de suivre la vie de prisonniers. On retrace leur histoire, les déportations qu’ils ont suivi et pour certains, comment ils ont survécu à ces atrocités. La visite est bien évidemment très émouvante, et certaines images sont insoutenables. Je pense entre autres à l’espace consacré au sort qu’on subit les handicapés, dont on en entends plus rarement parler, mais qui fut pourtant bien réel.

Sur les 5 étages, le mur du fond est recouvert de milliers de visages; ceux qui sont passés par la caserne Dossin en direction des camps d’extermination. A chaque étage, un ordinateur permet de mettre un nom sur certains visages, ceux qui ont pu être identifiés.

La visite de l’expo permanente coûte 10€, celle de la temporaire 9€. Rien que pour la première, le temps de visite indiquée est de 2 à 3h mais il vous en faudra clairement plus si vous prenez le temps de tout lire, de toucher tous les écrans, d’observer les quelques vitrines et surtout, de digérer toutes ces informations si atroces.

A très vite.

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