Le Fort de Breendonk

Lors de mon séjour à Malines, je me suis rendue dans un lieu historique que je voulais voir depuis longtemps: le fort de Breendonk.

Situé dans la commune de Willebroeck, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Anvers, ce fort a servi de camp de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. Avec le camp de rassemblement de Malines (la caserne Dossin), ils sont les deux seuls camps de concentration implantés par les nazis en Belgique.

L’historique du fort

La construction du fort de Breendonk fut décidée en 1906. Il devait alors initialement porter le nom de Fort de Willebroeck. Lors de la première guerre mondiale et de l’invasion de la Belgique par l’Allemagne, le fort est bombardé. Ce dernier ne peut riposter car l’artillerie allemande est hors de portée. Il est alors utilisé comme lieu de garnison par l’armée allemande jusqu’à la fin de la guerre.

Entre 1918 et 1940, le fort sert notamment de caserne pour l’armée belge. Au début de la seconde guerre mondiale, le roi Léopold II s’y installe du 9 au 18 mai 1940 et le fort est choisi pour abriter le quartier général de l’armée belge. Devant l’avancée des Allemands, le fort est évacué et ses occupants allemands en font une prison nazie.

Les premiers prisonniers arrivent le 20 septembre 1940. Au début, les conditions de vie sont très difficiles mais encore supportables. Cependant, dès après l’entrée des troupes allemandes en Russie, les gardiens SS allemands sont renforcés par des SS flamands, terriblement redoutables, et les conditions de vie deviennent rapidement inhumaines. Le manque de nourriture devient tel que certains prisonniers tentent de manger de l’herbe et les exécutions par pendaison ou fusillade se multiplient. Parmi les pires bourreaux, on retrouve les SS flamands Fernand de Wijss, Richerd De Bodt et Pellemans. Les prisonniers vivent dans des casemates en béton très vétustes. Il y fait froid, humide, et il y a seulement deux seaux par dortoir faisant office de latrines, pour plus de vingt déportés. Il n’existe presqu’aucun soins médicaux.

Quelques temps plus tard, suite au surpeuplement du camp, les SS font construire des baraques supplémentaires. Le nombre de prisonniers présents dans le fort simultanément oscille entre 30 et 600. Au total, plus de 3 500 personnes sont passées par Breendonk mais il n’y a jamais eu plus de 600 prisonniers en même temps. Les conditions de vie y sont terribles. Breendonk est tristement connu pour ses nombreuses tortures qui s’expliquent par le nombre de gardiens particulièrement élevé (1 pour 10 détenus). Breendonk comptera au total plus de 3500 détenus dont 184 furent fusillés, 23 pendus et une centaine sont morts des suites de mauvais traitement, de torture ou d’épuisement. 

Le fort est évacué une première fois le 6 mai 1944. Dans les semaines qui suivent, les Allemands y ramènent d’autres prisonniers, tous résistants. Le camp est définitivement évacué le 30 août 1944 et tous les prisonniers transférés à Vught, en Hollande avant d’être évacués vers l’Allemagne. Les alliés arrivent à Breendonk le 3 septembre 1944. Le camp est vide. Les juges belges condamnent 16 tortionnaires à la peine capitale (dont 2 seront en réclusion à vie) et 4 à la réclusion à perpétuité. Le commandant de camp, Schmitt, est exécuté à Anvers le 9 août 1950.

Le fort de Breendonk a été transformé en mémorial en 1947. C’est aujourd’hui l’un des vestiges les mieux conservés de la Seconde Guerre mondiale. Dans les premières années du Mémorial, ce sont les anciens prisonniers qui sont légalement les gérants de celui-ci. Ce sont aussi sur ces années que le Fort enregistre le plus haut taux de visite (jusqu’à 109.000 personnes le visitant annuellement). Si le fort tente de faire au mieux dans la conservation de la mémoire, le nombre de visite et le désintérêt porté au fort de Breendonk ne cesse de croitre. Les chiffres des dernières années sont désolant: seulement 16.000 visites/an sont enregistrées…

La visite du fort

Tout commence dans la cour intérieure du fort. L’entrée du camp s’ouvre sur l’ancien corps de garde. Durant l’année 1940, ce sont principalement des juifs qui y sont détenus, avant d’être libérés ou transférés vers d’autres camps. De 1940 à 1942, le nombre de prisonniers politiques et de résistants augmente : Breendonk sert de camp de transit, avant la déportation vers d’autres camps, comme Neuengamme ou Ravensbrück. À partir de 1942, les juifs déportés de Belgique sont regroupés à Malines, à la caserne Dossin, centre de transit vers Auschwitz. Le fort de Breendonk, lui, sert de camp de transit. On considère que les juifs ne représentent pourtant qu’un septième de la population passée par Breendonk et, le niveau de qualification professionnelle de ceux-ci leur font prendre les postes privilégiés. Ils étaient donc ici étonnamment les mieux logés…

Une des premières pièces que l’on visite est la cantine des SS. Au-dessus du mur principal, on peut y lire la devise de la SS : ‘ Mon honneur s’appelle fidélité’.

Nous arrivons ensuite dans une cour, à l’endroit même où le travail forcé était imposé aux prisonniers : pousser des chariots, casser les pierres, porter des sacs de ciment… Pour quelques autres, des travaux plus ‘légers’ étaient prévus, comme pour les tailleurs, les menuisiers ou infirmiers. C’est de cette manière qu’a été débarrassée toute la terre recouvrant le fort.

À l’intérieur d’une autre aile du bâtiment, on y trouve les cachots et les cellules. Ces cages minuscules sont destinées aux prisonniers mis aux secret ou punis. On peut y voir de nombreux dessins sur les murs qui glacent le sang. La salle de torture est une pièce terriblement difficile à visiter et les témoignages que nous livre l’audioguide sont effroyabless.

Au fil de la visite nous découvrirons aussi les douches, les latrines, les dortoirs, … jusqu’à l’écurie, où les chevaux avaient un petit nom, contrairement aux détenus qui n’étaient que des numéros…

Comme tous lieux témoignant des horreurs de la guerre, Breendonk est un endroit glaçant mais cependant tellement important pour toutes les générations à venir.

La visite du fort met 3 bonnes heures. Il y a une foule d’informations à recevoir. Je n’imaginais pas ce lieu si grand, avec autant de pièces! L’entrée coûte 11€ par adulte, audioguide compris. Celui-ci est indispensable et fournit une multitude de de renseignements, d’anecdotes et d’histoires passionnantes.

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